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-Frank Bruno-
A 18 ans, Frank
Bruno
effectue son service national sur le porte-avion Foch
au large du Liban. Dés son plus jeune âge, il a pris l’habitude de suivre son
père, plongeur professionnel dans ses voyages à travers le monde. A 18 ans, son
carnet de voyage ferait pâlir bon nombre d’aventuriers. Pour lui la voie est
tracée, le voyage et l’aventure seront parties intégrantes de sa vie d’homme. Le
service national en fait partie.
Mais le chemin pour arriver à vivre pleinement sa passion,
allait se révéler beaucoup plus long, sinueux, voire plus torturé que prévu (au
propre comme au figuré).
Sur le porte-avion, un chasseur lui broie la jambe droite.
L’amputation tibiale
est inévitable. La douleur insupportable, le coma, l’attente, à 18 ans sa vie
bascule. Ce jour là, il quitte le monde des valides pour le monde des
handicapés. Un rêve se transforme en cauchemar, avec sa jambe, c’est une partie
de lui, de sa vie, qui s’en va.
Rien que le terme « handicapé » porte en lui toute
la souffrance, le désarroi. Désormais il fait partie de cette catégorie de
personnes qui quelque soit leur handicap, porteront l’appellation comme une
croix ! L’administration les a classé là. Une place de parking soit disant
réservée, un macaron bleu derrière le pare brise, une canne et plus si
infirmité…
Mais pour Frank ce serait un peu trop facile de céder. Trop
simple de sacrifier ses projets, de tomber dans le piège. Il n’a pas été élevé
à la dure pour cela. “Handicap is not a handicap” clame le tee-shirt de l’association
« Little Dreams » qu’il soutient ! Non le handicap n’est pas un
handicap.
La première fois que
l’on rencontre Frank en tongs avec sa prothèse, on n’est pas forcément à
l’aise. Les « pieds de nez » à l’amputation son monnaie
courante, bon pied, bon œil, Frank a vite fait de vous mettre à l’aise dans vos
baskets.
Il lui a fallu tout
de même un certain temps pour digérer et se convaincre qu’il ne serait pas un
fardeau pour ses proches et qu' handicapé n’était qu un terme de « valides ».
Il se sent différent, tout simplement, pas malade. Vivant avant tout.
Non décidément il doit se battre !
Reprendre sa vie et ses projets et les mener à l’endroit même où il l’avait
décidé. Une jambe en moins ? Et bien cela corsera les choses, une
difficulté supplémentaire avec laquelle il compte bien vivre comme si de rien n’était.
Trois ans après l’accident il se présente donc au CREPS d’
Antibes et sort major de sa promotion de monitorat de plongée, au nez et à la
barbe de tous les valides, les sceptiques, des incrédules. Il est désormais sûr
que l’amputation n’est qu’une épreuve mais que cela n’entamera en rien sa
motivation, au contraire, un peu de hargne en plus transformée en gagne.
Finalement un atout.
Plus que cela ! Si lui peut, alors sûrement que
d’autres, voir beaucoup d’autres amputés peuvent aussi se dépasser et sortir de
leur carcan, de leur handicap. Son expérience et ses victoires doivent servir
aux autres, c’est une formidable motivation. Il monte alors « Bout de
vie ». Grâce à cette association basée à Bonifacio, il permet à des
personnes amputées, adultes et enfants de redécouvrir ce corps meurtri et
parfois renié. C’est entre autre par la plongée en Corse que certain d’entre
eux vont solliciter à nouveau leur corps pour des loisirs. Toute une
symbolique, une re naissance. Sortir de l’eau avec une nouvelle vie, de
nouveaux horizons. Je peux le faire !
Pendant une semaine,
ils vont rencontrer des personnes comme eux. Partager leurs souffrances leurs
expériences, leurs échecs et aussi leurs
victoires, leurs progrès. Parfois dans la joie mais aussi parfois dans la
douleur et les larmes, le cap est difficile à passer mais quoiqu’il en soit,
une porte est désormais entrouverte, l’amputation n’est pas synonyme de fin. Non,
il y a bien une vie après, il y a aussi de l’espoir.
C’est ce credo qui va pousser Frank à accomplir ses rêves, à
contenter sa soif d’aventure. Et faire de cette phrase de Sénèque sa
devise : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles qu’on
n’ose pas les faire, c’est parce qu’on n’ose pas les faire qu’elles sont
difficiles ».
Le ton est donné, il ne veut plus jamais entendre :
« Vous êtes amputé, vous ne pouvez pas faire ça ! ».
Alors il enchaîne
quelques « balades » : ascension du Kilimandjaro en hivernale à 5895 m, puis en 2005
traversée de l’Atlantique à la rame (Atlantic rowing race) avec son ami Dume Benassi , amputé
fémoral et 8 fois champion du monde de triathlon Handi. Ils arriveront 3° sur
26 équipages en 54 jours 23 heures 32 minutes. La nique aux organisateurs
d’épreuves sportives qui refusent aux médaillés paralympique de participer avec
des « non handicapés ». Comme dit Dume Benassi: « Le
handicap, c’est d’abord dans la tête » il sait de quoi il parle, Dume est
8 fois champion du monde de triathlon Handi. Seule la fédération internationale
de triathlon reconnaît ses titres. En France, il parait que c’est pour une
question de quotas que l’on ne peut reconnaître ses victoires. Devant une telle
absurdité on se dit que finalement son plus gros handicap c’est
l’administration française. Son employeur EDF ne le dégage même pas comme
athlète de haut niveau. Pour s’entraîner, il doit prendre une année sabbatique,
gros sacrifices en perspective avec une famille à charge. Entre 20 et 40 heures
d’entraînement par semaine pour préparer l’Iron Man de Nice (3,8 km de nage, 180 km en vélo et 42,195 en
fauteuil…). Chaque victoire n’est pas qu’un exploit sportif.
Moins de 85 jours après cette traversée de l’Atlantique à la
rame, Frank Bruno
rejoint le Pôle Nord en autonomie complète depuis la base scientifique russe de
Barneo : 110 km
en conditions extrêmes. Plus loin, plus dur, plus froid, toujours plus.
Fin avril 2007, ce sera à nouveau le départ. Après des mois
d’entraînement dans les montagnes corses avec pulka* (*traîneau tiré qui
contient le matériel) et bivouac en conditions extrêmes, des centaines de
séries d’exercices physiques, des kilomètres à vélo, il repartira. Il quittera
une nouvelle fois ses proches et sa Corse.
Avec trois autres personnes expérimentées, il traversera la
calotte glaciaire du Groenland en autosuffisance, sur les traces de Nansen
passé là en 1888. 40 jours de traversée dans le froid jusqu’à moins 35°c, le
vent qui peut souffler jusqu’à 250
km/h, le désert de glace.
Nouveau défi,
nouveaux horizons et là encore, Frank
compte bien prouver que
Sénèque avait raison. Le Foch est désormais loin, Frank a relevé le défi
de la vie et comme il dit : C’est moi qui impose ma vie à Maguy* pas l’inverse. (Maguy : surnom donné par
Frank à sa prothèse : Maguy Baule).
Dans sa pulka, au Groenland,
les espoirs de beaucoup d’handicapés à qui il permet ainsi de croire en
une vraie vie, pas de celles que l’on subit, non une vraie vie à laquelle on
participe dont on est acteur, mais chacun à son niveau de possibilités.
Derrière lui des sponsors qui ont cru en lui et qui acceptent
de relever ses défis, une compagne Véro qui le soutient, sa famille, ses amis
et la Corse qui l’a suivi pendant sa traversée. Il y a aussi des parrains qui
aident l’association comme Bixente Lizarazu, Laurent Benezech, Jo Leguen, Elsa,
Georges Guerlain, I Mantini, Frank et Betty Lebeuf.
Finalement Frank ne fait pas seulement cela pour lui et les
amputés mais aussi pour tous ceux qui en
bénéficient et tous ceux qui n’ont jamais pu, jamais voulu ou tout simplement
jamais osé… Le handicap est bien d’abord dans la tête…..
Ecrit à Hourtin le 01
avril 2007
Bernard Choquet
PS : vendredi 25 mai, Frank a réussi son pari,
il a traversé le Groenland : Bravo !
Le site de l'association de Frank Bruno
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